Le 8 mars 1917 ou la révolution inespérée

Ce 8 mars 2025, alors que nos droits, libertés et acquis sociaux sont à nouveau réprimés par delà nos frontières et attaqués sur notre propre territoire par la montée des droites extrêmes alliées à un capital toujours plus puissant, l’exploit du soulèvement des soviétiques ce même jour de 1917 s’impose comme un véritable modèle. Ainsi, retracer les étapes de ce bouleversement politique, social et économique encore inégalé apparaît essentiel pour envisager une lutte collective efficace et fertile.

Le déclin du régime tsariste

A l’aube du XXème siècle, au cœur de l’empire russe, se succédèrent les affronts du pouvoir tsariste. Lorsqu’en 1905, la première insurrection russe prend forme, un parlement est finalement créé, la Douma. Toutefois, Nicolas II se presse de réduire à néant ses pouvoirs et d’enterrer par la même occasion l’éventualité de tout compromis politique avec les autres forces politiques.

En 1917, la population russe se voit frappée de plein fouet par les ravages de la guerre. L’armée russe est en proie à de grandes difficultés et parmi plus de onze millions d’hommes envoyés au front, un million se feront déserteurs. Quant à l’économie, celle-ci aussi est loin d’être épargnée. Dévastée par l’effort de guerre, des pénuries de nourriture voient le jour et bien que le nombre d’ouvriers employés dans les usines d’armement augmente, les usines en rupture d’approvisionnements les plongent dans le chômage technique.

L’année suivante, le front se stabilise mais la situation au sein du pays continuant de se dégrader, ce sont un million de grévistes qui s’unissent pour défier l’indifférence du régime tsariste. Alors que sa popularité s’amenuise, d’autant que la guerre réveille à nouveau la contestation de sa légitimité, rassuré par ses proches, le tsar ne s’enquit pas de la grogne populaire qui monte.

De l’insurrection à la révolution

Le 23 février (8 mars 1917 dans lle calendrier grégorien), “ Du Pain ! ” voire “ A bas le Tsar ! ” sont scandés par des manifestants toujours plus nombreux et toujours plus organisés. Date symbolique d’un avenir plein d’espoir pour les travailleurs.euses, qui sera plus tard consacrée par Lénine avec la Journée Internationale des Droits des Femmes !

Le lendemain, cent cinquante mille ouvriers rejoignent les femmes dans leur manifestation et une grève générale est décrétée. L’utilisation de slogans anti-tsaristes devient encore plus massive, et pourtant, la révolution demeure incertaine. Le bolchevique Alexandre Chliapnikov affirmera même “Donnez aux ouvriers une livre de pain et la grève s’arrêtera.

Les jours suivants, froidement, insensiblement, Nicolas II ordonne à l’armée de réprimer la grève. Cent cinquante ouvriers perdront la vie. Cependant, rien n’est perdu et nombre de soldats rejoignent les grévistes. Quarante milles armes sont ainsi distribuées dans Petrograd dont les insurgés s’emparent.

Renié de toute part et menacé, même par les députés libéraux de la Douma, le 2 mars le tsar abdique en faveur de son frère Michel II, qui abandonne le pouvoir à son tour le lendemain même. Et ainsi le régime tsariste s’effondra, laissant la place à un gouvernement provisoire dont la popularité ne fit que décroître jusqu’à la seconde révolution, en octobre.

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